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  • 04.12.2007
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     Joseph Mbouombouo Ndam : Expert en microfinance "les camerounais n´ont pas acces à l´argent". 

    Le Cameroun a abrité du 14 au 16 novembre, les Rencontres internationales de microfinance (Rim) qui ont rassemblé diverses expertises et expériences africaines et mondiales du secteur. Joseph Mbouombouo Ndam, expert en microfinance, promoteur de Universal finance consult, et président du comité d’organisation de ce premier rendez-vous, décrypte l’environnement du secteur qui connaît une embellie depuis une quinzaine d’années, malgré de nombreux écueils et dérapages.

    On parle de la microfinance depuis un quart de siècle comme instrument de lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion sociale. Et pourtant, les deux fléaux sévissent toujours avec autant d’acuité. Qu’est ce qui fait véritablement problème dans ce secteur?

    La microfinance s’est avérée comme instrument de lutte contre la pauvreté parce qu’elle a, plus que les autres moyens utilisés jusqu’à présent dans le cadre de cette lutte, la capacité d’aller directement vers les pauvres. Les bailleurs de fonds, les Ong et les organismes d’aide faisaient des apports au secteur public, c’est-à-dire à l’Etat pour lutter contre la pauvreté. Mais on s’est aperçu que ces aides se diluaient dans le budget public. Il était difficile de mesurer son impact sur les pauvres. On s’est aperçu qu’avec la microfinance, un sou qu’on donne, le lendemain on observe des changements sur la vie du pauvre.
    Mais seulement, la pauvreté est si répandue que ce n’est pas en quelques jours qu’on va la vaincre. En réalité, on observe des résultats formidables grâce à la microfinance. Je peux prendre l’exemple au niveau de notre pays. Entre 2001 et 2006, l’on est passé d’un chiffre d’affaires de la microfinance d’environ 40 milliards de Fcfa de crédits à 104 milliards de Fcfa de crédits. Et l’on est passé d’un total de dépôts d’environ 70 milliards de Fcfa à 140 milliards de Fcfa. Ce qui est à admirer ici c’est que ces collectes d’épargne sont attribuées à des gens qui n’avaient aucun autre moyen de recours pour obtenir du crédit ou pour épargner leur argent.
    Effectivement si vous allez dans les coins reculés du pays, vous percevrez qu’il y a une dynamique qui se crée autour de la microfinance. Donc, on peut le dire, la microfinance est un espoir de combattre la pauvreté, mais elle a encore du chemin à parcourir pour arriver à ses objectifs.

    Il y a comme un voile dans les relations entre la microfinance et les systèmes bancaires classiques. Vous y avez d’ailleurs consacré un ouvrage partant d’une enquête dans le secteur et qui s’intitule “ Banque contre microfinance, les enjeux de l’intermédiation financière dans la zone Cemac ”. Pouvez-vous nous faire une synthèse de cette “ lutte ” ?

    Lutte, le mot est peut-être un peu trop fort. Mais il s’agit d’une relation conflictuelle entre la banque et la microfinance. Et cela est dû à ce que le secteur de la microfinance au Cameroun s’est développé un peu sous contrainte. Les anciens banquiers, après la valse de licenciements des années 80-90, se sont reversés dans le secteur de la microfinance et ont développé ce secteur. Vous comprenez qu’ils y ont appliqué les méthodes qu’ils avaient apprises à la banque. Donc au Cameroun, c’est surtout la microbanque qui très souvent se retrouve en situation concurrentielle avec les banques.
    Les banques, bien évidemment, ne sont pas contentes qu’on vienne généralement pêcher dans leur eau. Dans certains secteurs, les banques reconnaissent que la microfinance est le relais naturel de leur action vers le secteur où elles ne peuvent pas évoluer. Soit parce qu’elles ont exclu ce secteur de leur rayon d’activités pour des raisons de risques ou de niveau de revenus, etc. ; soit parce que ce secteur lui-même les a peut-être rejetées. Dans nos villages, dans nos campagnes, les gens se méfient un peu de tout ce qui est formel. Quand la banque arrive c’est un peu comme si la répression, comme si la fiscalité arrivait. Or, la microfinance qui a beaucoup plus de sympathie naturelle avec nos traditions, réussit plus facilement à assagir cette population, donc à les emmener vers la banque. Certaines banques le comprennent. Vous avez des banques qui vont directement faire la microfinance en ouvrant des guichets dans des zones qu’elles avaient désertées complètement. Si vous regardez un peu dans certains quartiers et villages, vous allez observer que certaines banques y ont installé leurs guichets, c’est la microfinance, la collecte auprès des petits revenus. Certaines banques reviennent même dans les villages où elles avaient fermé. Surtout les banques d’obédience africaine. Mais même les banques qui sont d’obédience étrangère commencent à ouvrir des guichets de microfinance. Soit il y a un département à l’intérieur, soit en mettant de l’argent dans une structure de microfinance… C’est vrai, le conflit est là. Mais les deux sont conscientes qu’il faut travailler en symbiose pour pouvoir vraiment dérouler l’intermediation financière de façon efficace.

    Mais vous ne faites pas quand même de la philanthropie dans la microfinance. Comment conciliez-vous les missions sociales et commerciales ?

    Ça c’est sûr, si on fait la philanthropie, on va fermer les structures de microfinance. Et Marianne Lausac qui est une grande actrice de la microfinance en France a d’ailleurs dit cette phrase : “ Les pauvres sont pleins d’idées et parfois plus prolifiques que les riches. Le problème c’est qu’ils accèdent au financement. ” Et au Cameroun le problème avec les pauvres ce n’est pas de rembourser, ce n’est non plus le taux d’intérêt ; mais c’est avoir accès à l’argent. Et les taux que les structures de microfinance affichent sont encore très élevés. Mais les pauvres, quand on le leur a permis, viennent prendre cet argent et le remboursent. Les structures de microfinance ont également la

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    contrainte de faire des bénéfices pour continuer à exister. C’est d’ailleurs le courant qui existe maintenant en microfinance.

    Quel rôle joue l’Etat dans ce secteur ?

    L’Etat, en sa qualité de garante de l’épargne publique, doit la restituer lorsqu’on la lui demande. On a observé au début de l’expansion de la microfinance dans notre pays à la fin des années 1990, beaucoup d’errements avec des structures qui ouvraient et se fermaient, dans l’incapacité de rembourser les épargnants. Les gens s’étaient engouffrés dans des secteurs insuffisamment balisés par la loi et l’Etat a pris conscience qu’il y avait des risques dans le recouvrement des épargnes lors d’une crise bancaire ; ce qui peut aboutir à des crises sociales. S’il s’agit de l’épargne des gens fragiles, ça peut provoquer des remous sociaux. Donc l’Etat a pris le taureau par les cornes et a appliqué son devoir de régulateur en mettant en place une réglementation à l’image de la sous-région. C’est toute la Cemac qui est concernée, et qui apporte plus de sérénité dans le secteur.
    Et l’Etat, puisque la microfinance participe de la lutte contre la pauvreté, a la contrainte de soutenir la microfinance pour lui permettre d’être suffisamment solide afin de jouer efficacement son rôle. L’Etat doit faire la surveillance des mécanismes de régulation qu’elle a mises en place.

    Pensez-vous que la microfinance a acquis aujourd’hui une nouvelle virginité au Cameroun ?

    Lorsque vous regardez les chiffres dont je vous ai parlé au début qui triplent d’ailleurs pratiquement en moins de 6 ans, il y a certainement un regain de confiance dans le secteur de la microfinance. Il y a même maintenant des établissements qui s’appellent microfinance sûrement pour la forme parce qu’ils font des chiffres d’affaires de l’ordre des milliards. Ils font toutes les opérations que les banques font à savoir les opérations internationales, les changes, etc. Il y a une acceptation de plus en plus forte de la microfinance grâce à la réglementation mise en place par les pouvoirs publics et à la promotion que le secteur fait de lui-même. Mais, de temps en temps, on observe malheureusement quelques défaillances qui font un peu peur.

    Est ce qu’on peut avoir une idée de ces manquements ?

    Ces manquements sont pour une grande part la responsabilité des pouvoirs publics. L’Etat a mis en place une certaine réglementation, des gardes fous alors que le contrôle n’est pas assez effectif. Et avant le contrôle, la diffusion de ces gardes fous n’a pas été vraiment assurée. J’ai réalisé pour le compte du ministère des Finances une enquête dans le cadre de la microfinance, et j’ai été sidéré de constater qu’il y avait des établissements qui ne connaissaient même pas la réglementation applicable à leur secteur. Alors qu’il est en vigueur depuis avril 2007. Et il y en a qui ont vu la réglementation mais ont du mal à la comprendre. Les manquements dont nous parlons sont dus pour une grande partie à ce qu’il n’y a pas de contrôle. Les gens font donc n’importe quoi, jusqu’au jour où l’on ferme les portes et c’est la catastrophe. C’est en ce moment que les autorités ouvrent la soupape et les gendarmes viennent jouer aux sapeurs pompiers. Je vous prends l’exemple d’une microfinance qui vient de fermer ses portes avec un réseau de près de 60 agences. La direction générale était assurée par le promoteur, le Pca n’était pas le dirigeant agrée par la Cobac. Il ne prenait part à aucun conseil d’administration, ne publiait pas ses états, or tout cela est prévu par la réglementation.

    Quand il y a des cas comme celui-là, que font les épargnants ?

    Je pourrais vous retourner la question parce que là c’est une affaire privée qui a collecté l’argent des gens. Néanmoins, l’Etat en donnant l’agrément, a engagé sa responsabilité. Et les gens y sont partis entre autres parce qu’il y avait l’agrément. À mon avis, il y a un liquidateur qui était mis en place dans la structure dont je parle pour voir ce qui est faisable pour rembourser les épargnants. Et l’on a vu dans le cas des banques qui ont été liquidées. L’Etat est celui qui, à la fin, a fait des restitutions.

    Pour éviter qu’on arrive à des situations comme celles-là, y a-t-il un cadre de réflexion pour plus de sérénité dans le secteur de la microfinance ?

    Le premier cadre tout naturel c’est l’Association professionnelle des établissements de micro finance (Anencam) qui rassemble les acteurs pour qu’ils discutent de leurs problèmes, pour qu’ils défendent leurs intérêts, pour qu’ils fassent la promotion de leur secteur. Mais à côté de l’Anencam, il y a aussi le comité national de la microfinance qui regroupe les grands acteurs de la profession. A côté de cela, la société civile est aussi appelée à mettre en place tout ce qui est possible afin de booster le secteur de la microfinance. Nous nous mettons en amont, dans le cabinet de facilitation que nous dirigeons, pour apporter à la microfinance des solutions lui permettant d’évoluer dans les meilleures conditions. Cela va de la formation, des conseils, et la documentation. Nous avons organisé les Rencontres internationales de microfinance dans la même logique. L’objectif est d’arrimer le secteur national au réseau international de la microfinance. Il s’agit de mettre en place tout un canevas devant permettre à la microfinance au Cameroun de prendre encore plus d’envol.

    À quels résultats, êtes-vous arrivé après les rencontres internationales de la micro finance de Yaoundé ?

    D’une manière générale, nous visons à améliorer les performances du secteur, mais plus spécifiquement, nous espérons que les acteurs nationaux ont enrichi leur carnet d’adresses, afin de trouver de bons contacts dans le secteur des finances.



    Par Réalisé par Noé Ndjebet Massoussi




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